les fleurs du mal baudelaire

 

 

I

Dans les planches d'anatomie 
Qui traînent sur ces quais poudreux 
Où maint livre cadavéreux 
Dort comme une antique momie, 
Dessins auxquels la gravité 
Et le savoir d'un vieil artiste, 
Bien que le sujet en soit triste, 
Ont communiqué la Beauté, 
On voit, ce qui rend plus complètes 
Ces mystérieuses horreurs, 
Bâchant comme des laboureurs, 
Des Ecorchés et des Squelettes.


 
II

De ce terrain que vous fouillez, 
Manants résignés et funèbres, 
De tout l'effort de vos vertèbres, 
Ou de vos muscles dépouillés, 
Dites, quelle moisson étrange, 
Forçats arrachés au charnier, 
Tirez‐vous, et de quel fermier 
Avez‐vous à remplir la grange? 
Voulez‐vous (d'un destin trop dur 
Epouvantable et clair emblème!) 
Montrer que dans la fosse même 
Le sommeil promis n'est pas sûr; 
Qu'envers nous le Néant est traître; 
Que tout, même la Mort, nous ment, 
Et que sempiternellement, 
Hélas! il nous faudra peut‐être 
Dans quelque pays inconnu 
Ecorcher la terre revêche 
Et pousser une lourde bêche 
Sous notre pied sanglant et nu?

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