les fleurs du mal baudelaire

 

Je veux te raconter, ô molle enchanteresse, 
Les diverses beautés qui parent ta jeunesse; 
Je veux te peindre ta beauté 
Où l'enfance s'allie à la maturité.

Quand tu vas balayant l'air de ta jupe large, 
Tu fais l'effet d'un beau vaisseau qui prend le large, 
Chargé de toile, et va roulant 
Suivant un rythme doux, et paresseux, et lent.

Sur ton cou large et rond, sur tes épaules grasses, 
Ta tête se pavane avec d'étranges grâces; 
D'un air placide et triomphant 
Tu passes ton chemin, majestueuse enfant.

Je veux te raconter, ô molle enchanteresse, 
Les diverses beautés qui parent ta jeunesse; 
Je veux te peindre ta beauté 
Où l'enfance s'allie à la maturité.

Ta gorge qui s'avance et qui pousse la moire, 
Ta gorge triomphante est une belle armoire 
Dont les panneaux bombés et clairs 
Comme les boucliers accrochent des éclairs;


Boucliers provoquants, armés de pointes roses! 
Armoire à doux secrets, pleine de bonnes choses, 
De vins, de parfums, de liqueurs 
Qui feraient délirer les cerveaux et les cœurs!

Quand tu vas balayant l'air de ta jupe large, 
Tu fais l'effet d'un beau vaisseau qui prend le large, 
Chargé de toile, et va roulant 
Suivant un rythme doux, et paresseux, et lent.

Tes nobles jambes sons les volants qu'elles chassent, 
Tourmentent les désirs obscurs et les agacent 
Comme deux sorcières qui font 
Tourner un philtre noir dans un vase profond.

Tes bras qui se joueraient des précoces hercules 
Sont des boas luisants les solides émules, 
Faits pour serrer obstinément, 
Comme pour l'imprimer dans ton cœur, ton amant.

Sur ton cou large et rond, sur tes épaules grasses, 
Ta tête se pavane avec d'étranges grâces; 
D'un air placide et triomphant 
Tu passes ton chemin, majestueuse enfant.

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