les fleurs du mal baudelaire

 

Quoique tes sourcils méchants 
Te donnent un air étrange 
Qui n'est pas celui d'un ange, 
Sorcière aux yeux alléchants,

Je t'adore, ô ma frivole, 
Ma terrible passion! 
Avec la dévotion 
Du prêtre pour son idole.

Le désert et la forêt 
Embaument tes tresses rudes, 
Ta tête a les attitudes 
De l'énigme et du secret.

Sur ta chair le parfum rôde 
Comme autour d'un encensoir; 
Tu charmes comme le soir, 
Nymphe ténébreuse et chaude.

Ah! les philtres les plus forts 
Ne valent pas ta paresse, 
Et tu connais la caresse 
Qui fait revivre les morts!

Tes hanches sont amoureuses 
De ton dos et de tes seins, 
Et tu ravis les coussins 
Par tes poses langoureuses.

Quelquefois pour apaiser 
Ta rage mystérieuse, 
Tu prodigues, sérieuse, 
La morsure et le baiser;

Tu me déchires, ma brune, 
Avec un rire moqueur, 
Et puis tu mets sur mon cœur 
Ton œil doux comme la lune.

Sous tes souliers de satin, 
Sous tes charmants pieds de soie, 
Moi, je mets ma grande joie, 
Mon génie et mon destin,

Mon âme par toi guérie, 
Par toi, lumière et couleur! 
Explosion de chaleur 
Dans ma noire Sibérie!

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