les fleurs du mal baudelaire

 

La tribu prophétique aux prunelles ardentes 
Hier s'est mise en route, emportant ses petits 
Sur son dos, ou livrant à leurs fiers appétits 
Le trésor toujours prêt des mamelles pendantes.

Les hommes vont à pied sous leurs armes luisantes 
Le long des chariots où les leurs sont blottis, 
Promenant sur le ciel des yeux appesantis 
Par le morne regret des chimères absentes.

Du fond de son réduit sablonneux, le grillon, 
Les regardant passer, redouble sa chanson; 
Cybèle, qui les aime, augmente ses verdures,

Fait couler le rocher et fleurir le désert 
Devant ces voyageurs, pour lesquels est ouvert 
L'empire familier des ténèbres futures.

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